#ParlonsVrai : trumpisme à la française

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Décidément, Donald Trump fait des émules bien au-delà de ses amis politiques et de ses frontières. Nous assistons, à une forme de trumpisme à la française qui se caractérise par le soutien mordicus à une véritable alternative, une charge violente contre les médias et la remise en cause des institutions judiciaires elles-même, ce qui peut être le plus grave.

Commençons par le plus simple : la vérité alternative.

Ce que l’on appelle communément le #Penelopegate en est truffé. Entre ceux qui l’ont vu, comme Monsieur Accoyer, fréquemment à l’Assemblée nationale et ceux qui l’ont vu en Sarthe dans une activité d’attachée parlementaire, les exemples ne manquent pas. Ils se heurtent à la vérité exprimée simplement par Madame Fillon elle-même en 2007, vérité qui va directement à l’encontre de la thèse de vérité alternative développée par son mari depuis quelques jours. Nous attendrons tous bien sûr la position de la justice, mais, l’expression authentique de Pénélope Fillon en 2007 pourra difficilement passer pour la vérité alternative et la thèse développée aujourd’hui par François Fillon pour la vérité tout court. Cet embrouillamini qui conduit à ajouter contrevérité à contrevérité n’est pas à la gloire de notre système.

Nier l’évidence comme le fait Donald Trump n’est pas un exemple à suivre… mais visiblement tout le monde ne l’a pas compris.

Le second volet du trumpisme, dans sa mouture anti système est de s’attaquer aux médias. Depuis l’Antiquité, le porteur de mauvaises nouvelles est banni. Certes, on peut se poser la question de savoir qui a été à l’origine des informations du Canard enchaîné mais les explications données par le palmipède qui indique que l’enquête a débuté il y a plus d’un mois, que des informations ont été demandées à l’équipe de François Fillon, que les éléments sur les enfants ont été révélés par le candidat lui-même sont assez évidents pour ne pas chercher à alimenter des thèses complotistes. De toute façon, le travail du journalisme est évidemment celui d’informer et, le Canard enchaîné a une tradition de 100 ans. Ce n’est pas à la presse qu’il faut s’en prendre mais à la légèreté avec laquelle le candidat a traité ces affaires en imaginant sans doute qu’elles ne seraient jamais révélées. C’est d’autant plus surprenant que la disparition de Madame Fillon de la liste des assistants parlementaires de son mari, en 2013, coïncide précisément avec le moment où cette liste devait être rendue publique. Cela signifie donc que François Fillon ne souhaitait pas que cette situation soit publique. La question à se poser celle de savoir pourquoi puisque il considère qu’elle ne pose aucun problème. Quoi qu’il en soit, il est vrai que ce sujet a envahi tout l’espace médiatique mais il est vrai aussi que le montant des sommes en cause, le caractère systémique de ces emplois interpelle tous les Français et soulève de vraies questions sur le fonctionnement de la démocratie. Ce sujet est indépendant de la question légale, c’est-à-dire la fictivité ou non des emplois. C’est une question éthique et démocratique à un moment où la vie est si difficile pour nos concitoyens. Mais il ne sert à rien d’attaquer la presse ; mieux aurait valu se poser la question de la réponse à apporter au Canard enchaîné dès le départ et ne pas se draper dans un déni que personne ne comprend.

Mais le plus grave est dans la contestation institutionnelle. Tout d’abord, parler de coup d’État est une aberration. Nous sommes certes dans une démocratie d’opinion mais, le premier auteur de la difficulté est le candidat lui-même, d’abord dans ses choix initiaux, puis dans sa communication. Peut-être encore plus dangereux est l’attaque dirigée contre la Haute autorité et le président Nadal. C’est Marine Le Pen qui a lancé la mode en ayant l’outrecuidance de déposer une plainte contre lui au motif qu’il avait osé mettre en cause l’évaluation son patrimoine, ce qui est l’objet même de la HATVP. Si les personnes mises en cause ou inculpées n’ont désormais rien de mieux à faire que de déposer plainte contre les magistrats qui font leur travail, la justice n’est pas prête d’avancer. Mais surtout, c’est une remise en cause du système institutionnel lui-même puisque juge et partie y compris délinquante se retrouvent mis sur un pied d’égalité. C’est la raison pour laquelle on ne peut qu’être scandalisé que Bernard Debré, ancien ministre de la république est pourtant un vrai républicain, endosse le même costume et mette en cause le président Nadal, qui serait selon lui coupable d’avoir divulgué les informations-qui devraient être publiques s’agissant de l’emploi de fonds publics,-qui mettent aujourd’hui en difficulté François Fillon.

Ainsi, ceux qui prétendent lutter contre le Front National et le populisme deviennent-ils des machines à alimenter l’un et l’autre.

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  1. […] Décidément, Donald Trump fait des émules bien au-delà de ses amis politiques et de ses frontières. Nous assistons, à une forme de trumpisme à la française qui se caractérise par le soutien mordicus à une véritable alternative, une charge violente contre les médias et la remise en cause des institutions judiciaires elles-même, ce qui peut être le plus grave. Commençons par le plus simple : la vérité alternative.Ce que l’on appelle communément le #Penelopegate en est truffé. Entre ceux qui l’ont vu, comme Monsieur Accoyer, fréquemment à l’Assemblée nationale et ceux qui l’ont vu en Sarthe dans une activité d’attachée parlementaire, les exemples ne manquent pas. Ils se heurtent à la vérité exprimée simplement par Madame Fillon elle-même en 2007, vérité qui va directement à l’encontre de la thèse de vérité alternative développée par son mari depuis quelques jours. Nous attendrons tous bien sûr la position de la justice, mais, l’expression authentique de Pénélope Fillon en 2007 pourra difficilement passer pour la vérité alternative et la thèse développée aujourd’hui par François Fillon pour la vérité tout court. Cet embrouillamini qui conduit à ajouter contrevérité à contrevérité n’est pas à la gloire de notre système. Nier l’évidence comme le fait Donald Trump n’est pas un exemple à suivre… mais visiblement tout le monde ne l’a pas compris. Le second volet du trumpisme, dans sa mouture anti système est de s’attaquer aux médias. Depuis l’Antiquité, le porteur de mauvaises nouvelles est banni.Certes, on peut se poser la question de savoir qui a été à l’origine des informations du Canard enchaîné mais les explications données par le palmipède qui indique que l’enquête a débuté il y a plus d’un mois, que des informations ont été demandées à l’équipe de François Fillon, que les éléments sur les enfants ont été révélés par le candidat lui-même sont assez évidents pour ne pas chercher à alimenter des thèses complotistes. De toute façon, le travail du journalisme est évidemment celui d’informer et, le Canard enchaîné a une tradition de 100 ans. Ce n’est pas à la presse qu’il faut s’en prendre mais à la légèreté avec laquelle le candidat a traité ces affaires en imaginant sans doute qu’elles ne seraient jamais révélées. C’est d’autant plus surprenant que la disparition de Madame Fillon de la liste des assistants parlementaires de son mari, en 2013, coïncide précisément avec le moment où cette liste devait être rendue publique. Cela signifie donc que François Fillon ne souhaitait pas que cette situation soit publique. La question à se poser celle de savoir pourquoi puisque il considère qu’elle ne pose aucun problème. Quoi qu’il en soit, il est vrai que ce sujet a envahi tout l’espace médiatique mais il est vrai aussi que le montant des sommes en cause, le caractère systémique de ces emplois interpelle tous les Français et soulève de vraies questions sur le fonctionnement de la démocratie. Ce sujet est indépendant de la question légale, c’est-à-dire la fictivité ou non des emplois. C’est une question éthique et démocratique à un moment où la vie est si difficile pour nos concitoyens. Mais il ne sert à rien d’attaquer la presse ; mieux aurait valu se poser la question de la réponse à apporter au Canard enchaîné dès le départ et ne pas se draper dans un déni que personne ne comprend.Mais le plus grave est dans la contestation institutionnelle. Tout d’abord, parler de coup d’État est une aberration. Nous sommes certes dans une démocratie d’opinion mais, le premier auteur de la difficulté est le candidat lui-même, d’abord dans ses choix initiaux, puis dans sa communication. Peut-être encore plus dangereux est l’attaque dirigée contre la Haute autorité et le président Nadal. C’est Marine Le Pen qui a lancé la mode en ayant l’outrecuidance de déposer une plainte contre lui au motif qu’il avait osé mettre en cause l’évaluation son patrimoine, ce qui est l’objet même de la HATVP. Si les personnes mises en cause ou inculpées n’ont désormais rien de mieux à faire que de déposer plainte contre les magistrats qui font leur travail, la justice n’est pas prête d’avancer. Mais surtout, c’est une remise en cause du système institutionnel lui-même puisque juge et partie y compris délinquante se retrouvent mis sur un pied d’égalité. C’est la raison pour laquelle on ne peut qu’être scandalisé que Bernard Debré, ancien ministre de la république est pourtant un vrai républicain, endosse le même costume et mette en cause le président Nadal, qui serait selon lui coupable d’avoir divulgué les informations-qui devraient être publiques s’agissant de l’emploi de fonds publics,-qui mettent aujourd’hui en difficulté François Fillon. Ainsi, ceux qui prétendent lutter contre le Front National et le populisme deviennent-ils des machines à alimenter l’un et l’autre. Corinne LepageVous connaissez mes engagements politiques, mais ma vie ne se limite pas à de la politique politicienne. Avocate, j’ai plaidé dans de nombreuses affaires liées à la défense de notre environnement. A travers de nombreux ouvrages j’ai décrypté le monde tel qu’il est et proposé des solutions pour améliorer certes notre environnement, mais aussi les conditions de vie de ceux qui le peuplent, de tous ceux qui espèrent mieux y vivre, de vous, de moi, de nous citoyens.  […]

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