Le Parisien – « Sans l’UE, on mangerait de la viande clonée »

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Corinne Lepage, avocate, ex-ministre de l’Environnement, ancienne députée européenne

Avant d’être nommée ministre de l’Environnement du gouvernement Juppé en 1995, Corinne Lepage avait déjà associé son nom et celui de son cabinet d’avocat à la défense des victimes de la marée noire de l’« Amoco Cadiz ». C’était à la fin des années 1970. Bien avant le naufrage de l’« Erika » en 1999, où elle avait de nouveau défendu les communes souillées du littoral français. Ces combats, elle les a ensuite menés de 1999 à 2014 au Parlement européen, « car c’est à Bruxelles que le droit de l’environnement se joue désormais à 80 % ». « Européenne convaincue », Corinne Lepage a eu la satisfaction d’y voir des dossiers sensibles avancer. « Sans l’UE, on mangerait aujourd’hui de la viande clonée et du poulet aux hormones, affirme l’ancienne députée européenne. Et c’est grâce à l’UE que l’on a interdit l’arrivée de la colle à viande, un agglomérat de morceaux de steaks collés entre eux. »

Les OGM ? « L’Europe bénéficie de la réglementation la plus rigoureuse du monde », dit l’avocate. La pollution de l’atmosphère ? « Alors que la loi sur l’air n’était pas appliquée dans notre pays, l’Europe a menacé la France de poursuites et de sanctions financières devant la Cour de justice européenne, ce qui nous a obligés à revoir notre législation sur les incinérateurs et à bouger sur les particules fines. » « L’Europe est comme une épée de Damoclès pour les Etats membres, car elle est très exigeante en matière écologique et sanitaire, mais cela s’est traduit depuis des années par de vrais progrès pour les consommateurs », affirme l’ancienne vice-présidente de la commission Santé-Environnement du Parlement européen.

Les nitrates, les déchets…

Entre autres exemples d’avancées notables, Corinne Lepage cite la réglementation sur les nitrates dans l’eau ou celle sur la qualité des eaux de baignade. L’Europe a aussi imposé aux Etats des règles strictes en matière de traitement des déchets, et les discussions sont enflammées à l’échelle européenne lorsqu’on évoque les perturbateurs endocriniens ou les pesticides. « L’UE est aussi à l’origine du règlement Reach, qui a permis une évaluation de l’impact des produits chimiques et obligé les producteurs à fournir la preuve de leur non-toxicité, détaille l’ancienne ministre de l’Environnement. Sans l’Europe, chacun ferait sa législation dans son coin, et les citoyens seraient moins bien défendus et écoutés. »